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Influence du saxophone sur la musique classique

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Le saxophone effectue son entrée dans le monde de la musique classique des années 20 grâce à des compositeurs comme Darius Milhaud, fortement influencé par cette musique venue d'Amérique (La Création du monde), Germaine Tailleferre (première version de son premier Concerto pour piano et orchestre), Maurice Ravel (Boléro) et Manuel Rosenthal (Saxophone Marmelade) qui, parmi d'autres, ont utilisé cette nouvelle couleur dans leurs compositions. Les Ballets suédois ont même monté en 1923 le seul ballet "jazz" de Cole Porter, Within the Quota, quelques semaines seulement après la première de La Création du Monde. Le succès d'orchestres de Jazz en France tels que l'Orchestre Scrap Iron Jazzerinos [3], Jim Europe's 369th Infantry Hellfighter's Band [4] et plus tard l'Orchestre Billy Max [5] ont fait entrer définitivement ce nouvel instrument dans la musique populaire française et par conséquent dans la musique moderne.

Au XXe siècle, on peut encore citer Cardillac (1926) de Paul Hindemith, la Suite du Lieutenant Kijé (1934) de Prokofiev, Jeanne d'Arc au bûcher (1935) de Honegger, le Concerto à la mémoire d'un ange et Lulu d'Alban Berg, et d'autres partitions orchestrales comprenant une ou plusieurs parties pour saxophone dues à la plume de Ravel (orchestration des Tableaux d'une exposition, Boléro), Milhaud, Kodály, Ibert, Jolivet, Ralph Vaughan Williams, Franz Schreker, Benjamin Britten, Frank Martin et Luigi Dallapiccola parmi tant d'autres.

Le saxophone est aussi présent dans un certain nombre de pages concertantes écrites par tant de grands compositeurs bien connus comme la Rhapsodie de Debussy (orchestrée par Roger-Ducasse), le Concerto op. 109 de Glazounov, les deux Ballades de Frank Martin, le Choral varié op. 55 de Vincent d'Indy, le Concertino da camera de Jacques Ibert, la Légende de Florent Schmitt, le Concerto de Lars-Erik Larsson et l'étonnant Concerto pour deux pianos, chœurs, quatuor de saxophones et orchestre (1934) de Germaine Tailleferre, que par des auteurs moins illustres tels Jean Absil, Henk Badings, Eugène Bozza, Gaston Brenta, André Caplet, Raymond Chevreuille, Marius Constant, Will Eisenmann, Henri Tomasi, Pierre Vellones, Henry Woolett et de nombreux autres. Soulignons que ces partitions sont très rarement exécutées en concert.

En ce qui concerne la musique de chambre, le saxophone n'est pas davantage un instrument que l'on a souvent l'occasion d'écouter en concert. Au XIXe siècle, cela pouvait encore se comprendre, car à Paris, l'enseignement du saxophone n'a duré que 13 ans (classe d'Adolphe Sax, de 1857 à 1870) et n'a repris qu'en... 1942 ! Même si certains compositeurs avaient été tentés de composer pour ce nouvel instrument, on peut comprendre qu'ils aient reculé devant le fait qu'il y avait (trop) peu de bons interprètes pour jouer leurs œuvres ; mais actuellement, ce n'est plus le cas. La deuxième raison est la suivante : le sax étant un des tout derniers instruments acoustiques de l'orchestre à avoir été inventé, il est évident que les grands compositeurs de l'ère classique ou romantique n'ont pas pu lui confier leur inspiration. Passons sur la question de savoir ce qu'en aurait tiré Schubert ou Beethoven pour citer quelques compositeurs qui ne l'ont pas oublié.

Pour saxophone et piano, on trouve des sonates et diverses pièces, notamment de Jean Absil, Eugène Bozza, Alfred Desenclos, Alexandre Gretchaninov, Paul Hindemith, André Jolivet, Charles Koechlin, Gabriel Pierné, Alexandre Tcherepnine, et autres Jacques Castérède et Henri Tomasi, dont certaines ont été spécialement écrites pour l'un ou l'autre des deux plus grands saxophonistes du XXe siècle : Marcel Mule, un Français qui a donné de nombreux concerts dans le monde entier et créé entre autres les concertos de Pierre Vellones, Eugène Bozza et Henri Tomasi; et Sigurd Rascher, musicien allemand naturalisé américain qui s'est également illustré sur tous les continents dans un répertoire spécialement conçu pour son aisance dans le registre suraigu, pour lequel les concerti de Glazounov et Ibert et la Ballade de Frank Martin ont été écrits.

En 1928, les saxophonistes de la Garde Républicaine forment le Quatuor de Saxophones de la Garde Républicaine, ensemble qui prend le nom, en 1936, de Quatuor de Saxophones de Paris et donne de très nombreux concerts en Europe, tout en enregistrant une série de disques qui font partie de l'histoire de l'instrument. C'est grâce à cette formation et au rayonnement de son chef, Marcel Mule, saxophoniste hors pair, que la combinaison du quatuor de saxophones a connu un certain engouement chez des compositeurs comme Absil, Bozza, Françaix, Gandolfo, Glazounov, Guerrini, Mengold, Pierné, Schmitt ou Vellones; Savari, Dyck et de rares autres ont composé des œuvres pour trois saxophones. Les années 1970 voient se multiplier les ensembles de saxophones (constitués de 12 saxophones : S°SSAAATTTBBB) avec notamment Jean-Marie Londeix et l'Ensemble de saxophone de Bordeaux et l'Ensemble de saxophones de Lyon, dirigé par Serge Bichon. Des pièces notables sont composées par Ida Gotkovsky, Gérard Gastinel et Antoine Tisné.

Parmi d'autres partitions pour saxophone et divers instruments, on retiendra surtout Hindemith (Trio pour sax, alto et piano), Webern (Quatuor op. 22 avec clarinette, violon et piano), Villa-Lobos (Choros n° 7 Sextuor Mystique et un Nonette), Caplet (un sextuor intitulé Légende), Stefan Wolpe (un quatuor avec percussion, trompette et piano), Hans Werner Henze (Antifone pour 13 instruments), etc.

Heureusement, beaucoup de saxophonistes contemporains pleins de talent œuvrent à renforcer cette grande richesse de répertoire à travers leurs concerts, enregistrements, éditions critiques et autres. Citons, parmi eux, les Français Serge Bertocchi, Nicolas Prost, l'Anglais John Harle, le Japonais Nobuya Sugawa, le Suisse Marcus Weiss, et les Américains Paul Cohen, Taimur Sullivan et Paul Wehage.