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Historique du saxophone

 

Comment vouloir parler de saxophone sans avoir une pensée pour son génial auteur: ADOLPHE SAX? adolphe sax

Sa jeunesse

Fils de Charles-Joseph (1791-1865) et de Marie-Joseph Masson (1813-1861), Antoine-Joseph SAX, l'aîné de onze enfants, se distingue très tôt par une aptitude exceptionnelle à la facture instrumentale. Elevé dans les ateliers de son père, il sait tout gamin tourner les corps de clarinette, de flûte, les boules et les viroles, forger et braser les clés, coudre les tampons, étirer et cintrer les tubes, chaudronner et repousser les pavillons.

Le prénom composé d'Antoine-Joseph que lui ont donné ses parents lui déplaît souverainement et celui qu'il adore et qu'il adopte, est Adolphe. Parallèlement à ses activités de facteur, Adolphe SAX poursuit des études musicales complètes jouant de la flûte et surtout de la clarinette en virtuose.
Soutenu et aidé par son père, l'adolescent travaille. Il crée, il perfectionne des instruments et il en joue. Il a 16 ans lorsqu'il présente à l'Exposition de l'Industrie, à Bruxelles, des flûtes et des clarinettes en ivoire. A 20 ans, c'est une clarinette entièrement nouvelle, à 24 clés, oeuvre d'imagination et chef-d'oeuvre de travail manuel. Puis, une nouvelle clarinette basse qui provoque l'enthousiasme de Habeneck, chef d'orchestre de l'Opéra de Paris, de passage à Bruxelles, qui qualifie les autres clarinettes d'"instruments barbares".

Tout de suite ses instruments se révèlent nettement supérieurs à ce qui existe sur le marché et déjà, les tenants des anciens systèmes commencent à s'agiter. Adolphe SAX doit provoquer en duels musicaux ses détracteurs pour démontrer publiquement la qualité de ses clarinettes. Avant lui, Ivan MULLER avec sa clarinette à treize clés et Théobald BOEHM avec sa flûte subirent les mêmes oppositions.

1842, c'est l'année du grand tournant dans la vie de Sax qui possède, à ce moment, sa nouvelle invention: le saxophone et sa famille. D'ailleurs, en 1841, ne l'a-t-il pas présenté à Bruxelles, anonymement, derrière un rideau, pour ne point le divulguer et pour éviter des risques de plagiat?

Son exil à paris

Se sentant brimé, mis à l'index dans son pays, Adolphe SAX, après un séjour à Berlin pour approfondir la technologie allemande, décide de venir à Paris, vers cette France réputée terre d'accueil et de liberté. Démuni et sans argent, il doit solliciter l'appui de personnages influents de la Restauration pour s'installer et travailler.

En juin 1842, par l'intermédiaire de Halévy, Sax rencontre Hector Berlioz dont l'influence est très grande dans les milieux musicaux parisiens, notamment par ses critiques dans "Le Journal des Débats". Les deux hommes ont un entretien de plusieurs heures, au cours duquel Adolphe Sax développe au grand compositeur toutes ses idées et détaille longuement ses inventions et ses projets.

Quelque peu fantasque, très renfermé, Berlioz écoute, muet. A la fin de cette conférence, il confie à Sax: "Demain, vous saurez ce que je pense de vos travaux". Réponse assez ambiguë qui n'est pas sans provoquer le doute, peut-être pour la première fois de sa vie, dans l'esprit de Sax. Le 12 juin 1842, dans "Le Journal des Débats", c'est la grande surprise: sur plusieurs colonnes, Berlioz exprime des éloges sans limites. L'article est reproduit dans la presse française et belge.

Pour Sax, le départ est donné d'une vie féconde et prodigieuse, mais aussi tourmentée. La rançon sera l'envie, la jalousie, l'injustice, la haine et l'adversité avant, bien plus tard, la gloire. Dès ce moment, l'inventeur-compositeur-interprète est introduit partout dans le monde musical. Il fréquente de nombreux compositeurs qui ont foi en lui. Il est reçu dans les salons. Il donne de nombreuses auditions, devant les plus grands noms, dans son atelier et dans des salles. Le nom de Sax se répand partout.

Ses réalisations

trombone adolphe sax

Essentiellement, Sax a donné son nom à quatre grandes familles d'instruments: saxhorns, saxotrombas, saxtubas, saxophones. C'est la première fois qu'un facteur s'intéresse non plus à un instrument unique, mais à une famille d'instruments.
En ce qui concerne les cuivres, le mérite d'Adolphe SAX réside surtout dans une classification de tout ce qui est hétéroclite à l'époque. Les saxhorns sont une famille d'instruments coniques, à perce large et à sons doux de type bugle.
Les saxotrombas sont des instruments à perce plus étroite et à sons plus timbrés de type trompette. Le cheval et la cavalerie ont à cette époque une place importante dans la société et dans l'armée. Adolphe SAX donne donc à ses cuivres une forme qui permet au cavalier-musicien de fixer l'instrument sous son coude gauche tout en tenant de la main gauche les quatre rênes réglementaires, la main droite reste libre pour actionner les pistons. La position verticale du pavillon met l'instrument à l'abri des coups de tête du cheval. Les instruments à trois pistons étant faux par définition, Adolphe SAX fabrique des instruments à six pistons indépendants techniquement justes et même des instruments ayant un pavillon par tonalité qui peuvent être considérés comme un aboutissement technologique.

La famille des saxophones comprend sept instruments allant du sopranino et du soprano, au basse et au contrebasse, en passant par l'alto, le ténor et le baryton. Ces instruments apportent un timbre absolument nouveau et séduisant, dans une forme nouvelle, en cuivre, et non plus en bois. Cette forme trouvée et adoptée par Sax est un cône parabolique. L'instrument se joue avec une anche; il imite les sons d'un instrument grave à archet. C'est là tout le secret technique du saxophone. Ainsi, la connaissance, par Sax, des principes de proportion lui assure une incontestable supériorité sur tous les autres facteurs.

Voilà qui va être la principale source des multiples déboires de l'inventeur qui a pris l'habitude des défis. C'est le 21 mars 1846 seulement qu'il prend le brevet du saxophone dont il joue depuis bientôt quatre ans, sinon plus... et qui a été conçu dès 1838. Devant les attaques dont il est l'objet et peut-être un peu naïvement, il a lancé son défi à ses ennemis et concurrents: "J'attendrai un an encore avant de prendre ce brevet. On verra bien si, d'ici là, un facteur aura fabriqué un véritable saxophone!" Le défi ne peut être relevé et Sax tient sa promesse.

Ses dures années

Les années qui suivent vont être pénibles pour l'inventeur qui doit faire face à la lutte poussée à l'extrême, que déclenchent contre lui ses adversaires, ses concurrents, les contrefacteurs, qui s'organisent en société pour le combattre. On débauche son personnel; on empêche les musiciens d'utiliser ses instruments; des articles haineux sont publiés, assortis de caricatures blessantes. On exporte le saxophone après en avoir effacé la marque et on le réintroduit ostensiblement en France, après quelques modifications et nanti de nouveaux sigles. On attaque Sax devant les tribunaux, en nullité de ses brevets.

Toutes ces instances ruinent Sax dont la faillite est prononcée à trois reprises: 1852, 1873, 1877. Et pourtant, avec une centaine d'ouvriers, quelque vingt mille instruments sont sortis des ateliers Sax de 1843 à 1860!

Le saxophone

Mais c'est à travers le saxophone qu'Adolphe SAX exprime le plus clairement son génie musical et technique. Contrairement aux autres instruments à vent dont l'évolution à travers les siècles fut très lente, darwinienne,Ie saxophone (mis à part quelques détails secondaires) est demeuré tel que l'a conçu son créateur. Plus on regarde un saxophone sur le plan technique, plus on est émerveillé de la manière dont Adolphe SAX a su mettre en valeur les propriétés des perces coniques de la manière la plus simple, la plus logique et la plus facile à utiliser. Même si cette facilité est illusoire et si le saxophone est surtout un instrument facile à mal jouer.

S'adaptant à toutes les musiques, à toutes les cultures, l'universalité du saxophone reflète bien celle de son auteur. Le non-conformisme d'Adolphe SAX enfante logiquement un instrument non-conformiste. Sa largeur d'esprit, son érudition, son humanisme offrent tout aussi naturellement à l'univers musical un instrument à voix humaine.

Adolphe sax meurt à paris le 7 juillet 1894