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Maurice André: son portrait

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Né à Alès, près du bassin minier des Cévennes en 1933, Maurice André aurait pu avoir le destin banal de tant d'enfants de la région, simaurice_andre l'évidence de ses dons ne l'avait rapidement révélé à ses professeurs d'abord, puis au monde entier.

En effet, Maurice André fait partie de ces géants du monde musical du XX siècle, non seulement parce
quil a su porter à un sommet inégalé le jeu et l'interprétation de la trompette classique mais plus encore parce que sa longue carrière lui donne valeur de symbole universel. Il est le trompettiste du siècle.


Issu dune petite ville du Midi, riche de sonpassé où catholiques et protestants ferraillaient les uns contre les autres, il naquit en 1933, une époque bien différente de la nôtre, celle des houillères, celle du charbon, qui engendrait une certaine prospérité dans les familles cévenoles. Ne disait-on pas en ces temps bénis «Femme de mineur, femme de seigneur»? Ce nétait pas à ce moment-là la misère de Germinal mais l'opulence liée au plein-emploi.


À l'exemple de toutes les cités de tradition minière, chaque quartier avait son harmonie, un véritable terroir de culture musicale populaire. Son père y jouait de la trompette et il forma ses enfants à cet instrument qui demande du souffle et de l'élégance.

Cependant, Maurice André était destiné comme la majorité des jeunes Cévenols au rude et noble travail de la mine. À quatorze ans, il rentre à la mine et à dix-huit, il obtient son diplôme de mineur-boiseur, un savoir-faire pour étayer et consolider les galerie souterraines où l'or noir s'étale en couches généreuses.

Ses temps de loisirs, il les passe à jouer du cornet à pistons et de la trompette dans les harmonies de la région, mais aussi, histoire de faire quatre sous, à animer des bals populaires où l'on guinche et où l'on samuse en courtisant la gueuse ! Arrive le temps du service national quil fera dans l'orchestre de musique du mont Valérien. Ce nest pas un hasard ! En jouant régulièrement au sein de l'harmonie de Rochebelle, quartier populeux dAlès, son chef, M.Barthélémy, qui avait du discernement, se rend rapidement compte que le jeune Maurice avait un petit plus qui le distinguait. En favorisant son admission dans l'orchestre du mont Valérien, il va le pousser dans la classe de Raymond Sabarich au Conservatoire de Paris.


Pour le jeune provincial, ce nest pas gagné d'avance. Mais rapidement, au prix d'efforts soutenus, il va tracer un sillon profond et rectiligne qui le conduira sur les sentiers de la renommée, avant d'atteindre ce mont de l'Antiquité où résidaient Apollon et les Muses.
Il sortira du Conservatoire au début des années cinquante avec un premier prix d'honneur de cornet à pistons et un prix de trompette– Il na pas tout à fait vingt ans !


En 1954, il obtient le grand prix de trompette de Genève et en 1963, c'est Munich qui le couronne des lauriers de la gloire. Quatre ans plus tard, il devient professeur au Conservatoire de Paris où, neuf années durant, il formera des virtuoses internationaux.
Cependant, ce citoyen du monde na qu'une hâte, celle de faire sonner sa trompette dans un registre nouveau, celui de la mélodie. Grâce à Maurice André, bon nombre d'œuvres classiques et baroques oubliées retrouvent une jeunesse étonnante. Des compositeurs contemporains tels Henri Tomasi, Marcel Landowski ou André Jolivet composent des œuvres insignes conçues pour le jeune maître.


À la faveur des milliers de concerts et d'enregistrements qu'il a réalisés, au-delà de son éblouissante virtuosité, ce qui fascine, c'est l'émotion. La sonorité de Maurice André est unique. Comme si, tendre et voluptueuse, elle sortait de la bouche des chérubins.
Un mystère de la création qu'il convient sans doute de nommer au titre de la part de Dieu.

Sous son impulsion, la trompette a retrouvé les lettres de noblesse qu’elle avait acquises au XVIIIe siècle et l’école française s’est imposée comme la plus importante de la fin du XXe siècle.