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Cd "Opus 3" de Sophie Alour

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opus3Une saxophoniste, ça ne court pas les rues. Alors, une femme qui joue du ténor et se positionne en leader, vous pensez ! À trente-six ans, Sophie Alour n'en est pourtant pas à son coup d'essai puisque « Opus 3 », le bien nommé, est son troisième album personnel. Attention : cette dame rivalise avec les meilleurs ! En 2010, avec ce nouvel album, Opus 3, Sophie Alour retrouve deux de ses complices de Uncaged : Karl Jannuska (batterie) et Yoni Zelnik (contrebasse). Sans doute satisfaite d'avoir montré qu'elle ne craignait pas d'innover et de ruer dans les brancards, la jeune femme y paraît plus apaisée. Dans cette forme du trio, si exigeante, elle nous délivre un jazz plus réflexif, plus méditatif que festif.

 

Il n'y a pas de grand musicien sans un « son » particulier qui le distingue. Sophie Alour ne déroge pas à cette règle, et le sien est désormais très reconnaissable. Pour en qualifier la suavité et la rondeur, on parle souvent d'un « son de velours ». La métaphore est particulièrement judicieuse au-delà de la rime, qui est facile. Encore faut-il s?entendre sur les mots. Et, pour filer la métaphore, préciser qu'il ne s'agit pas ici de ces velours à la trame lâche et molle dont le brillant s?estompera bientôt et dont la teinte ne tardera pas à blanchir aux coudes, genoux et autres endroits sensibles. Non, le velours de Sophie Alour est digne des meilleures maisons : trame serrée, structure souple mais solide, douceur, chatoiement et moiré de longue durée.


Son phrasé, délicat mais non exempt de puissance, se révèle dès le premier morceau, Grekerna (l'une des trois seules pièces qu'elle ne signe pas dans cet album qui en comporte onze), mais on retrouve cette force tranquille dans presque tous les titres comme l'Éloge du lointain, où Karl Jannuska accomplit un très subtil travail aux percussions.


L'alchimie du trio

Est-ce parce qu'ils se sont longuement côtoyés au cours de deux ans et demi de tournée avec Uncaged ? Toujours est-il que le trio à l'oeuvre dans cet Opus 3 dégage une grande impression de cohésion, d'harmonie et, pour tout dire, d'alchimie. C'est particulièrement sensible dans les pièces lentes et méditatives comme cet Hommage à Arthur Cravan, le poète, boxeur et neveu d'Oscar Wilde disparu mystérieusement en 1918 après avoir traversé le début du siècle comme une météorite de l'avant-garde. Ce morceau, comme En ton absence, commence par un duo avec la contrebasse de Yoni Zelnik avant de s'élargir en trio. L'interaction des trois musiciens est ici à son apogée dans un climat d'écoute mutuelle et de confiance, très perceptible.


Opus 3 confirme, si quelques-uns en doutaient encore, les qualités de compositrice de Sophie Alour. L'influence du rock y est moins sensible que dans Uncaged, même si on en retrouve des traces comme dans Mystère et boule de gomme !. Mais, surtout, elle s'est fondue dans l'ensemble pour apporter sa pierre à l'édifice que construit Sophie Alour dans sa quête assumée de liberté, toujours plus près de l'épure. C'est vraiment de la belle ouvrage !